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31 mai 2008

Une semaine sanglante au Liban.

8fe25e6c385c5cc0419baedcd64f2eb2.jpgLes six photos originales ne sont pas reproductibles sans autorisation. Elles sont de P.G.

La semaine sanglante qui vient de s’achever dans le compromis trouvé par la ligue arabe mérite quelques lignes d’interprétation. Ce post n’a rien à voir avec le contenu habituel de ce blog, il figure ici parce que je suis temporairement au Liban depuis plusieurs mois, impliqué de loin pour raisons professionnelles dans certains jeux diplomatiques ou de pouvoir au pays du cèdre.

La conquête de la majeure partie de Beyrouth Ouest par le Hezbollah a débuté à l’occasion d’une grève générale organisée pour protester contre la hausse du coût de la vie le 7 mai dernier. Le cours des événements, leur développement extrêmement rapide et particulièrement violent ont remis au premier plan les plaies du Liban. Durant presque quatre ans, ce pays a été plongé dans une crise larvée mais permanente articulée autour de cinq problèmes apparemment insolubles :

  • la composition du gouvernement de coalition (1),
  • son programme,
  • la mise en place du tribunal international enquêtant sur l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri,
  • le choix du président de la république,
  • et enfin la loi électorale.

495c778eb8d9e1bcf5ebe4f6b60fd217.jpgToutes les tentatives d’un règlement pacifique de ces points fondamentaux de désaccord ayant échouées, la crise est subitement et très dangereusement retournée à ses origines profondes : la question fondamentale de l’armement du Hezbollah (2). La décision du gouvernement issue du mouvement du 14 mars (3) de revenir sur les mesures qui ont précipité la crise de la semaine passée  – révocation du général Al Chakair, pro-Hizbollah chargé de la sécurité de l’aéroport international de Beyrouth (AIB) et enquête sur le réseau de communication parallèle établi par le « parti de dieu », un élément clé de son appareil militaire considérable - aura permis au final à la médiation de la ligue arabe, au prix du désaveu des dernières décisions gouvernementales d’entrouvrir une porte de sortie de crise.

Il est maintenant fait obligation à toutes les parties qui entament à Doha, au Qatar les négociations intra libanaises de se mettre d’accord sur un « paquet négocié » qui devra trouver des solutions acceptables à l’ensemble de ces problèmes. Ce n’est certainement pas gagné d’avance, mais c’est sûrement préférable à cette guerre civile d’une semaine qui vient de faire trembler le complexe et fragile Liban.

Une équation perdant-perdant.

8a16d298b49e836cf500e0898e8488a1.jpgAucun parti, aucune faction ne peut véritablement remporter un challenge qui jusqu’à présent s’est surtout révélé « perdant-perdant ». Le Hezbollah a certes manifestement remporté une victoire militaire, en démontrant de façon éloquente sa capacité à écraser par les armes n’importe quel opposant. Sur le plan politique en revanche le « parti de dieu » a perdu de nombreux points. Il est maintenant vu en dehors de ses bastions comme une simple milice chiite, qui n’hésite pas à défendre avec brutalité ses propres intérêts.

Le « parti de la résistance » autoproclamée à l’ennemi israélien est apparu sans masque : une organisation totalitaire qui n’a pas hésité, malgré ses promesses passées à utiliser, et avec quelle violence, ses armes contre ses compatriotes libanais, dans une confrontation avec les sunnites qui a accentué pour longtemps le fossé intercommunautaire entre libanais musulmans.

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Son principal allié au sein de l’opposition (4), le « mouvement patriotique libre » du général chrétien Michel Aoun se trouve également dans une situation difficilement soutenable sur le long terme. Même si à brève échéance le spectre de la guerre civile peut aider à ressouder ses militants, il est peu probable que la communauté chrétienne qui se retrouve dans les positions pro-Hezbollah de l’ancien général et ancien président continue à se sentir à l’aise aux côtés d’un allié dominant aux méthodes si peu démocratiques.

Le gouvernement quant à lui n’a pas démissionné, comme le demandait le Hezbollah, et continue à rassembler de forts soutiens intérieurs et internationaux, malgré la grande fragilité qui est la sienne.

Une majorité incapable.

Du côté de la majorité du 14 mars, le parti du futur de Saad Hariri (5), a d’autres raisons d’être très inquiet. La « coalition du 14 mars » a en effet été obligée de reculer et d’annuler piteusement les décisions controversées qui ont mis le feu aux poudres.

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La communauté sunnite est apeurée, abasourdie par son incapacité manifeste à résister à l’assaut de trois jours mené par le Hezbollah, et  a maintenant un certain ressentiment à l’égard de ses chefs accusés de l’avoir abandonné sans protection durant les événements de Beyrouth, de Tripoli et autres lieux. Des pressions internes sur les dirigeants du parti vont croître pour qu’il se donne les capacités militaires qui lui ont fait défaut contre les milices chiites d’Amal et du Hezbollah. Il n’est pas impossible que cet aveu de faiblesse ne vienne renforcer l’aile radicale sunnite, et donc les mouvements jihadistes ou salafistes.

Ses autres composantes, surtout le parti socialiste progressiste druze de Walid Joumblatt sortent très affaiblis et défaits de la crise d’une semaine qui vient de se dérouler.

9fd9dbd7a88f1b5e96cd4a7052b9f479.jpgL’armée libanaise enfin, seule institution encore un tant soi peu crédible et interconfessionnelle du pays, est touchée après le constat de son incapacité à contenir les milices de l’opposition chiite, et se retrouve pour la première fois sévèrement critiquée par certains leaders de la majorité, comme par beaucoup de sunnites, y compris dans ses propres rangs. Le risque d’une escalade sectaire pouvant mener à une réplique de la guerre civile de 15 ans est présent dans tous les esprits, et n’est pas du tout infondé.

En retirant ses mesures controversées le gouvernement a contribué fortement à ramener le calme. Mais une ligne rouge a été franchie, et il sera très difficile de revenir à une situation d’équilibre viable. Pour parvenir à ses fins, la ligue arabe devra redoubler d’efforts et de persuasion pour éviter l’escalade, dont la prochaine marche pourrait être la guerre civile, la dernière mais la pire des plaies du Liban.

Peu de chance de réussite.

Les parties libanaises réunies à Doha devront s’accorder sur l’élection d’un président (6), sur un gouvernement d’union nationale qui n’inclura le Hezbollah que si l’utilisation de son arsenal considérable fait l’objet de restrictions d’emploi claires et extrêmement strictes. A plus long terme, la résolution de la crise passera par l’abandon des ambitions extérieures régionales syrienne et iranienne qui utilisent le pays du cèdre pour asseoir leur influence sur le Proche-Orient, et surtout par le renoncement des leaders libanais de jouer de l’appui de ces puissances extérieures pour accroître leur influence dans le pays.

On le voit, la partie n’est pas gagnée, et l’on peut même prédire sans difficulté que la crise va perdurer, tant l’équation libanaise, dont seulement quelques aspects liés à l’actualité brûlante ont été évoqués ici, est terriblement complexe, pour ne pas dire insoluble.

Cette terre fragile n’est cependant pas à l’abri d’une bonne nouvelle, et un accord, certes vulnérable et à géométrie très variable et susceptible d’interprétations diverses pourrait cependant être trouvé, pour permettre un plâtrage provisoire des fractures les plus récentes de ce pays tellement « improbable ».

 


1 Gouvernement « d’unité nationale », dont les membres de l’opposition sont démissionnaires, tout en demeurant pour la plupart à leur poste pour « gérer les affaires courantes ». L’opposition demande une meilleure représentation au gouvernement, jusqu’à obtenir plus du tiers des postes, quorum nécessaires au terme de la constitution pour exercer un droit de veto sur les décisions gouvernementales.

2 Hezbollah signifie « parti de dieu ».

3 Le mouvement du 14 mars 2005 a fait suite à l’assassinat de Rafic Hariri et à la manifestation pro syrienne du 8 mars (dénomination de l’opposition) et a mené au départ des troupes syriennes du sol libanais, puis à la constitution d’une majorité de coalition regroupant sunnites, druzes et une majorité des partis chrétiens.

4 L’opposition, dite aussi mouvement du 8 mars (date de la manifestation du 8 mars 2005 qui voulait démontrer que les libanais n’imputaient pas le meurtre de Rafic Hariri aux services syriens) est composée du Hezbollah, du Amal, partis chiites soutenus par la Syrie et l’Iran, et de quelques formations chrétiennes, dont celle de Michel Aoun (maronite minoritaire) et de Michel Murr (orthodoxe grec).

5 Parti sunnite dirigé par le fils de l’ancien premier ministre assassiné.

6 Le président « de consensus » est le général Michel Sleiman, chef d’état-major des armées libanaises. Au terme de la constitution, le président de la République est obligatoirement chrétien. L’ancien président, le général Emile Lahoud a terminé l’extension de son mandat en fin d’année 2007. L’opposition refuse depuis de participer aux sessions parlementaires prévues pour cette élection, tant que ses revendications ne sont pas prises en compte. Toujours selon la constitution, le premier ministre doit être sunnite (Fouad Siniora), et le président de la chambre chiite (Nabih Berri).

 

09:50 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, france, actualités, actualité, ump, ps, sarkozy

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