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02 mai 2008
Mois de mai, mois de lutte !
Et oui, camarades, réjouissons nous ! Le joli mois de mai 2008 promet d’être un mois de luttes pour des millions de travailleurs opprimés. Ouvriers professeurs brimés, prolétaires fonctionnaires surexploités, lycéens victimes d’un système éducatif inégalitaire et injuste vont défiler dans une émouvante solidarité prolétarienne pour….
Pour quoi, au fait ?
Quelle nouvelle juste et essentielle conquête sociale vont-ils revendiquer ?
Vers quel horizon rouge et lumineux montrent-ils le chemin aux damnés de la terre ?
Lutteurs de Sumo, ou forçats de la faim ?
En réalité, ces lutteurs dont les conditions de travail et de vie (éducation nationale, fonctionnaires, lycéens) ne s’apparentent pas vraiment à celles décrites dans « Germinal », et qui seraient plutôt à ranger dans la catégorie des lutteurs de Sumo, plutôt que dans celle des « forçats de la faim » de « l’internationale », vont allègrement lutter pour conserver de misérables avantages considérés comme acquis.
Les profs ont pris leurs calculette syndicale (modèle 1968, électro mécanique) pour contester les heures supplémentaires qu’ils pourraient éventuellement avoir à faire en sus de leur « petite vingtaine » d’heures de « face à face pédagogique » (pour utiliser le jargon verbeux de l’éducation nationale),que le statut des certifiés leur impose (les agrégés doivent en être à 13 heures hebdomadaires, sinon à 9), si leur cohortes pléthoriques devaient se réduire des quelques milliers de poste que le gouvernement envisage de retirer sur le prochain budget. (1)
Les fonctionnaires surmenés suivent le pas, avec une ribambelle de revendications, toutes altruistes, telles que la « sauvegarde » du service public, le pouvoir d’achat, ou autres importantes revendications somme toute vitales pour cette catégorie à l’abris des aléas du marché de l’emploi.
Quant aux lycéens, ils emboîtent le pas à leurs professeurs, ayant sans doute compris comme leurs (modestes) aînés de 2006 et anciens combattants du CPE, que plus on défile, moins on a de cours et plus le bac est facile ! (2) Ce qui tendrait à démontrer par ailleurs que moins on est confronté à des professeurs durant l’année scolaire, plus on a de chance de réussir ses examens… Et donc que le gouvernement devrait supprimer encore plus de postes.
Plus il y a d’encadrement professoral, moins bons sont les résultats.
Il faut impérativement lire l’article de Jacques Marseille dans l'avant dernière livraison du « Point », pour mieux saisir les enjeux des manifestations des profs et des lycéens. Outre l’humour toujours manipulé avec tact et à bon escient par l’auteur, il regorge de statistiques incontestables (et d’ailleurs incontestées) sur le lien existant entre effectifs enseignants et qualité de l’enseignement dans certains pays de l’OCDE. Ces statistiques tendent à démonter que plus il y a d’encadrement professoral, moins bons sont les résultats... Ces éléments sont d’ailleurs connus de longue date, mais tellement peu repris par la presse bien pensante qu’il est judicieux d’effectuer une piqûre de rappel régulièrement pour dénoncer l’hypocrisie démagogique et corporatiste de ces syndicats attachés au pure conservatisme d’avantages grotesques et pichrocolins au nom de fausses raisons altruistes. Ces « avantages » qui donnent à la France son « cul de plomb » dans la bataille de la mondialisation qui semble tellement effrayer nos chères jeunes têtes blondes.
Questions annexes et très impolies.
Pour conclure, avez-vous remarqué que depuis que le gouvernement Raffarin en 2003 a décidé de ne plus jamais payer les jours de grève dans l’enseignement, les mouvements dans l’éducation nationale se font beaucoup plus rares, et sont d’ailleurs bien moins suivis qu’auparavant ? (3)
Et qu’en outre depuis cette période, les lycéens, sans doute simultanément et miraculeusement touchés par une soif d’apprendre qui leur fait soudainement honneur ont une tendance permanente à descendre dans la rue pour porter les revendications corporatistes (mais altruistes, naturellement) de leurs chers professeurs adorés ?
Seul un esprit mal tourné comme le mien peut voir un rapprochement quelconque entre ces deux faits… Nos profs sont tellement convaincus que la défense d’un service public d’une qualité exceptionnelle (voir l’article de Jacques Marseille) passe avant leur misérable intérêt personnel, que je dois être bien vicieux pour insinuer pareille infamie….
2 - Le bac 2006 a été celui pour lesquels les records de résultats ont été battus, depuis le cru 1968. Sans naturellement, aux dires des syndicats eux-mêmes, que la qualité de l’examen en ait souffert ! Alors vraiment, vive les manifs….
3 - Ce fait est naturellement contesté par les syndicats de l’éducation, qui toujours rappellent qu’une seule heure de grève retire une journée de salaire dans la fonction publique. Mais ils sont bien avérés : les longs conflits de l’éducation ont toujours jusqu’en 2003 fait l’objet de « conditions de reprise du travail » négociées, qui incluaient un paiement au moins (largement) partiel des jours de grèves, et un étalement très long des ponctions salariales. Sans parler des « faux administratifs » qui permettent en certains établissement à l’administration de considérer présent un prof gréviste, en cas d’affinité idéologique forte…Dire le contraire est mentir.
11:06 Publié dans Actualité , Débat 2008 , Humeur , Hypocrisie politique , politique 2008 , Réformes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : premier mai, manifestations de lycéens, éducation en colère, sarkozy, politique, france, royal
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